GR20 nord ou sud : Trouver l’itinéraire qui vous ressemble

29/05/2026

Le GR20, une traversée légendaire à double visage


Chemin mythique long de près de 180 kilomètres (source : Fédération Française de Randonnée), le GR20 relie Calenzana, au nord-ouest, à Conca, au sud-est. Souvent présenté comme l’un des plus beaux mais aussi des plus ardus d’Europe, il est traditionnellement découpé en deux sections : le GR20 Nord (Calenzana - Vizzavona) et le GR20 Sud (Vizzavona - Conca). Chacun recèle ses propres exigences, paysages et atmosphères.

L’âme du nord : minéral, sauvage, technique

  • Un itinéraire de 93 km environ, sur six à neuf jours.
  • Des dénivelés prononcés : le nord concentre la majorité des passages alpins, crêtes aériennes et pierriers vertigineux. On compte souvent plus de 1 000 mètres de montée quotidienne (parfois 1 200 m) et autant de descentes.
  • Des étapes relativement courtes en distance, mais longues en temps de marche – comptez parfois plus de 8 heures pour à peine 10 à 12 kilomètres. Ici, le taux d’abandon reste élevé – environ 40 % des randonneurs qui entament le GR20 par le nord ne finissent pas (source : Géo).
  • Des passages renommés pour leur technicité comme la brèche de Capitellu, la montée vers le cirque de la Solitude (aujourd’hui fermé mais remplacé par un itinéraire tout aussi engagé), ou la crête de Monte Cinto, le sommet de la Corse à 2 706 m.

L’esprit du sud : lumière, douceur, authenticité rurale

  • Environ 85 km, en cinq à sept jours.
  • Dénivelés généralement plus modérés (600 à 800 mètres par jour); les sentiers sont plus roulants, moins exposés, et les étapes plus longues en kilomètres mais moins cassantes (jusqu’à 20 km/j).
  • Paysages de maquis, forêts lumineuses de pins laricio, douceur herbeuse des hauts plateaux, mais aussi villages corses et bergeries.
  • Une difficulté moindre sur le plan technique, adaptée aux bons marcheurs souhaitant vivre l’expérience sans se heurter aux passages d’escalade ou d’exposition du nord. La majorité des grands débutants, et même des familles avec adolescents, choisit cette section pour une première approche.

Comparer le nord et le sud : tableau synthétique


Caractéristiques GR20 Nord GR20 Sud
Point de départ / arrivée Calenzana / Vizzavona Vizzavona / Conca
Distance ~93 km ~85 km
Dénivelé positif Environ 6 500 m ~4 700 m
Technicité Élevée : passages escarpés, mains souvent nécessaires Moyenne à modérée : sentiers mieux tracés
Ambiance Montagne, crêtes, solitude, haute altitude Maquis, forêts, villages et douceur méditerranéenne
Durée (classique) 6 à 9 jours 5 à 7 jours
Public conseillé Randonneurs aguerris Bonnes bases de randonnée, accessible aux motivés

Choisir selon son niveau : les grands repères


1. Randonnée : où placer le curseur de la difficulté ?

Avant de s’élancer, un diagnostic honnête s’impose :

  • Niveau de forme : Une pratique régulière de la randonnée à la journée ou sur plusieurs jours est indispensable, surtout pour le nord. Savoir franchir 1 000 m de dénivelé positif en six heures, et ce plusieurs jours d’affilée, représente un prérequis. Pour le sud, l’endurance compte davantage que la technicité pure.
  • Maîtrise de la marche en terrain accidenté : Dans le nord, rochers, dalles, éboulis et passage de chaînes imposent un pied sûr. Ceux qui n’aiment ni le vide ni l’escalade légère devront se tourner vers le sud.
  • Gestion de l’engagement : Le nord du GR20 ne permet que peu de sorties intermédiaires : météo capricieuse, solitude, rares points d’eau, difficultés à rejoindre la vallée.
  • Charge du sac : Le poids du sac devient très physique sur les étapes nord. Des stratégies d’allègement sont indispensables (voir Randonner-Léger pour des pistes).

2. Expériences et attentes personnelles

  • Première grande traversée : Le sud s’avère plus indiqué (mais reste exigeant !). Il ouvre les portes de la randonnée itinérante, donne le goût de la Corse authentique et de ses hameaux suspendus. Avec une certaine condition physique, il peut être parcouru sans forcer l’exploit.
  • Goût du défi : Le nord ravira celles et ceux en quête de voies sauvages, de solitude, de paysages alpins, voire d’émotions froides sur les arêtes. Il permet de se confronter aux défis physiques et mentaux du GR20.
  • En famille ou en groupe hétérogène : Le sud permet plus aisément d’adapter étapes, pauses, et de rejoindre des points habités pour un besoin imprévu. Son ambiance est aussi propice à la découverte d’un patrimoine rural corse moins rude.

Portraits de randonneurs types : nord ou sud ?


  • Pour celles et ceux qui aiment les sentiers de montagne, ont déjà franchi des crêtes et ne redoutent ni le vide, ni le rocher, ni la météo capricieuse, le nord du GR20 déploie toute sa magie. Exemple : avoir déjà parcouru le Tour du Mont-Blanc, la traversée des Pyrénées (HRP ou GR10), la Vanoise ou le Queyras, offre une belle préparation.
  • Pour les bons marcheurs à l'aise sur des pentes soutenues mais moins expérimentés en terrains techniques, souhaitant une aventure enrichissante et accessible, le sud constitue un choix idéal. Il convient aussi bien à une première grande expérience qu’aux randonneurs désireux de parcourir la Corse sur un rythme contemplatif.
  • Pour les chercheur·se·s de panoramas spectaculaires, d’émotions minérales et de solitude, le nord est incontournable.
  • Pour ceux et celles qui veulent mêler découverte, baignades et patrimoine, le sud laisse des fenêtres pour s’attarder, explorer les villages comme Zonza, flâner sous les pins ou improviser quelques écarts vers les aiguilles de Bavella.

Focus sur quelques étapes emblématiques


  • Sur le GR20 Nord :
    • Refuge de Carrozzu – Ascu Stagnu : Un classique avec ses passerelles suspendues et ses passages rocheux. Techniquement exigeant.
    • Asco Stagnu – Tighjettu : Étape longtemps marquée par le mythique cirque de la Solitude (désormais évité suite à des éboulements en 2015), reste très alpine.
  • Sur le GR20 Sud :
    • Usciolu – Bavella : Un enchaînement majestueux à travers crêtes lissées, forêts parfumées et vues plongeantes vers la Méditerranée.
    • Refuge d’Asinau – Paliri : Moins technique, mais panoramas délicats sur les aiguilles de Bavella, qui se découpent sous la lumière.

Pour un carnet d’étapes détaillé, voir le topo officiel (FFRandonnée, topo-guide GR20) ou MonGR.fr.


Conseils concrets pour bien choisir


  • Se documenter : Les vidéos (ex. celles de France Info sur le GR20), forums spécialisés et avis récents pointent la nécessité d’un entraînement spécifique, surtout pour le nord. Chaque année, les secours de la gendarmerie interviennent plus de 200 fois sur le GR20, souvent pour des accidents dus à un sous-estimation de la difficulté.
  • Préférer un test “grande rando” : Avant de choisir le nord, il est fortement recommandé de partir sur plusieurs jours avec un sac équivalent (10-12 kg minimum) sur des terrains comparables. La Vanoise, les Ecrins ou les Pyrénées offrent de bons tests en France.
  • Gérer la logistique : Les refuges affichent souvent complet dès le printemps (réservation obligatoire depuis 2022 sur le site du Parc Naturel Régional de Corse). L’accès au ravitaillement peut être compliqué, surtout dans le nord : bien anticiper nourriture et eau. Prévoir aussi météo, éventuelles variantes et possibilités de sortir du sentier en cas de coup dur.
  • Rester attentif à sa progression : Le nord impose parfois de s’adapter (météo, fatigue, incidents). Savoir faire demi-tour, raccourcir une étape ou demander conseil localement n’enlève rien à la beauté de l’expérience.
  • Savoir que le GR20 ne se fait pas que d’une traite : Nombreux sont ceux, locaux ou curieux venus d’ailleurs, qui réalisent le parcours en deux années (nord puis sud, ou inversement). Prendre le temps reste la plus belle fidélité au sentier.

Entre sommets et vallons, choisir son GR20


D’une arrête de lacs accrochés au ciel jusqu’aux forêts en pente douce, chaque versant du GR20 propose une aventure sincère et singulière. Le nord attire par ses défis d’altitude et ses verticalités, tandis que le sud séduit par sa douceur méridionale et ses paysages d’humanité posés sur la montagne. L’essentiel reste de choisir son chemin en conscience, en accord avec ses forces, ses envies, ses compagnons de route.

Car sur le GR20, ce n’est pas la performance qui prime, mais le regard neuf posé chaque matin sur la lumière, un partage de fromage à la pause, la surprise d’un panorama à l’orée d’un virage. Quelle que soit la portion choisie, l’île de Beauté veille à surprendre chaque pas, à offrir une traversée dont on revient différent – des pierres pleines les poches et l’âme gonflée de vent de montagne.


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