A la rencontre des marmottes lors de randonnées dans les Hautes-Pyrénées

18/05/2026

L’emblème discret des Pyrénées : la marmotte


Le sifflement soudain fend l’air, éveillant l’écho des vallées. Aux aguets, une silhouette dodue file entre des touffes d’herbe dorée avant de disparaître dans son terrier. Voir une marmotte lors d’une randonnée est un instant rare et joyeux, qui laisse au promeneur la sensation d’avoir partagé un secret. Dans les Hautes-Pyrénées, la marmotte n’est pas seulement le symbole vivant d’une montagne préservée : elle incarne la magie de ces balades où la nature se donne, attentive mais généreuse.

Mais où croiser ces petits habitants des alpages ? Comment maximiser ses chances, et surtout comment les admirer sans perturber leur paisible existence ? Voici un guide nourri d’expériences, d’observations et de savoirs transmis par la montagne elle-même.


La marmotte : portrait d’une habitante des cimes


La marmotte des Pyrénées (Marmota marmota) n’est ni un rongeur comme les autres, ni un simple animal furtif. Réintroduite au XXe siècle après avoir disparu naturellement des Pyrénées à l’ère post-glaciaire, elle est aujourd’hui bien implantée dans la chaîne. On la reconnaît à son pelage brun-gris, ses petites oreilles rondes et sa cohabitation familiale autour de vastes terriers creusés en terrasse sur les pelouses d’altitude (souvent entre 1 400 et 2 500 m).

  • Taille et poids : jusqu’à 50 centimètres pour 5 kg en moyenne.
  • Mode de vie : diurne, grégaires, vivants en colonies familiales.
  • Hibernation : d’octobre à avril.
  • Longévité : de 6 à 15 ans en milieu naturel (source : Parc national des Pyrénées).

C’est en juin quand la neige recule, jusqu’à septembre avant le repli dans les galeries, qu’on les observe le mieux. Les matins et les fins d’après-midi sont des moments propices à l’observation, la chaleur du midi incitant la marmotte à la sieste souterraine.


Où observer facilement des marmottes dans les Hautes-Pyrénées ?


Les Hautes-Pyrénées regorgent de lieux propices à l’observation. Si la marmotte ne craint pas la curiosité du randonneur respectueux, elle préfère tout de même les espaces où les troupeaux (et les humains) restent un peu à distance. Voici les vallées et itinéraires où vous aurez le plus de chances de croiser ce mammifère emblématique.

Vallée de Cauterets et Pont d’Espagne

  • Pont d’Espagne : Un classique. Depuis le parking (payant) du Pont d’Espagne, les sentiers qui montent vers le lac de Gaube (1 725 m) sont jalonnés de prairies rocailleuses où les marmottes sifflent dès la fonte des neiges. Elles sont particulièrement observables sur le plateau du Cayan et autour du refuge des Oulettes de Gaube.
  • Lac de Gaube à Refuge des Oulettes : Un itinéraire accessible offrant de belles rencontres le long du gave, à la faveur du lever du soleil.

Vallée du Marcadau

  • Plateau duCayan : En montant vers le refuge du Marcadau, larges prairies, bosquets et petites buttes où les colonies installent leurs terriers, visibles dès la sortie du bois.

Cirque de Gavarnie

  • Sentier du refuge des Espuguettes : Au départ du village de Gavarnie, après avoir dépassé les touristes du bas, les prairies avant le refuge regorgent de terriers. Les marmottes s’y laissent observer dès le printemps.
  • Autour du plateau de Bellevue : Sur les pentes herbeuses qui ouvrent le cirque, belle lumière de fin de journée et nombreux cri d’alerte des jeunes marmottes.

Vallée d’Aure – Réserve du Néouvielle

  • Barrage de Cap-de-Long et lacs d’Aubert/Aumar : Sur les pelouses rocailleuses en surplomb, dès les abords du sentier, de nombreuses familles profitent du soleil.
  • Vallée du Rioumajou : Secteur préservé, calme et sauvage. On peut y croiser des marmottes loin des foules (source : Réserve Naturelle du Néouvielle).

Autres secteurs propices

  • Pic du Midi de Bigorre (versant La Mongie) : Depuis la station ou sur les sentiers secondaires, présence modérée mais régulière de marmottes dans les pelouses d’altitude.
  • Val d’Azun : Autour du col du Soulor et du col de Couraduque, zones dégagées où elles se chauffent dès les premiers beaux jours.

Les meilleurs moments pour observer la marmotte


Planifier sa randonnée à la bonne période et au bon moment de la journée multiplie les chances de rencontre :

  • Saison : de juin à septembre (hors hibernation), préférence pour juin/juillet quand les familles sont les plus actives.
  • Heures : tôt le matin (8h-10h) ou fin d’après-midi (17h-19h), moments où l’activité hors terrier est maximale.
  • Météo : les journées douces, ensoleillées mais sans chaleur excessive (les marmottes évitent le cagnard de midi).

Les jeunes sortent progressivemnt fin juin à début juillet, curieux et moins méfiants. Cependant, prudence et discrétion restent de mise pour éviter de perturber le rythme de vie du groupe.


Conseils pour une observation respectueuse et réussie


La marmotte, bien que sociable à distance, reste un animal sauvage dont la tranquillité est gage de survie. Afin de profiter au mieux de la magie de l’observation, voici quelques principes simples :

  1. Garder ses distances : Ne jamais chercher à s’approcher ni à nourrir les marmottes. Un zoom optique ou des jumelles permettent l’observation sans dérangement.
  2. Rester silencieux : Le moindre cri agite toute la colonie et fait fuir les animaux au fond du terrier.
  3. Pas de chien non tenu en laisse : Par instinct de survie, les marmottes perçoivent le chien comme un prédateur et peuvent se blesser (source : Office National de la Biodiversité).
  4. Respectez les sentiers : Pour éviter de piétiner les terriers ou les prairies fragiles.

Photographier la marmotte est tentant, mais la patience et la discrétion l’emportent sur la volonté de « faire le cliché parfait ». Rester assis quelques minutes, silencieux, la nature finit toujours par livrer ses secrets.


Petites anecdotes sur la vie des marmottes


  • Le sifflet d’alerte : Leur cri puissant ne sert pas qu’à prévenir leurs proches d’un danger. Il s’agit d’un langage élaboré, chaque tonalité possédant une signification précise sur la nature et la distance de la menace.
  • Des architectes souterrains : Les marmottes construisent des galeries pouvant mesurer jusqu’à 10 m de long, réparties en chambres, garde-mangers et toilettes improvisées.
  • Hiver au ralenti : Elles perdent jusqu’à 40% de leur poids en hibernation, une lutte pour la survie où la solidarité du groupe (la chaleur collective) fait la différence (source : INPN, Muséum National d’Histoire Naturelle).
  • Un museau fin : Elles repèrent la nourriture à l’odeur, mais également la présence humaine. Raison de plus pour la discrétion.

Tableau récapitulatif : où et quand voir les marmottes dans les Hautes-Pyrénées


Lieu Période idéale Moments favoris Particularités
Pont d’Espagne/Lac de Gaube Juin-Septembre Matin, fin d’après-midi Accessibilité, nombreuses familles visibles
Cirque de Gavarnie Fin juin-début septembre Matin, fin de journée Échappée possible des foules sur sentier Espuguettes
Réserve du Néouvielle Juillet-Août Matin calme Secteur paisible, panoramas étendus
Val d’Azun Juin-Septembre Matin ensoleillé Observation plus sauvage, silence apprécié
Vallée du Marcadau Juin-Juillet Fin de matinée Pentes douces, accès facile

Marcher en compagnie des marmottes : un privilège discret


Admirer les marmottes des Hautes-Pyrénées, c’est ouvrir une parenthèse de curiosité, de lenteur, d’écoute. Dans le silence ponctué de sifflets, la montagne se fait vivante, complice, un peu sauvage, toujours surprenante. Observer la marmotte, sans hâte, c’est renouer avec une part d’enfance : celle des explorations où chaque rencontre devient un trésor.

Pour les curieux, les rêveurs et les amoureux du vivant, les Hautes-Pyrénées offrent, à la croisée des sentiers, le spectacle discret de ces ambassadeurs du grand air. Marcher sur leurs traces, c’est goûter à l’esprit même de la randonnée : celui qui allie la découverte, la patience et le respect.

Pour préparer une sortie sur les traces des marmottes ou partager vos propres observations, de nombreux guides naturalistes et sites officiels (Parc national des Pyrénées, INPN) proposent cartes et informations à jour. Chaussez les bottes, ouvrez l’œil, et laissez les sentiers vous surprendre autant que leurs habitants.


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