Marcher sur les traces des animaux sauvages dans le Mercantour

09/02/2026

Un territoire de silence et de rencontres : le Mercantour côté sauvage


Sillonner le Parc national du Mercantour, c’est fouler la terre d’un étonnant foisonnement animal. Entre reliefs escarpés, prairies alpines et vallées secrètes, le promeneur patient devient témoin de scènes de vie brutes, presque originelles. Refuge de nombreux mammifères et oiseaux, ce massif à cheval entre Alpes-Maritimes et Alpes-de-Haute-Provence se distingue par une biodiversité exceptionnelle, un héritage préservé par le plus discret (et l’un des plus anciens) des parcs nationaux français depuis 1979.

Avec plus de 2000 espèces animales répertoriées (Parc National du Mercantour), le Mercantour raconte, à qui sait marcher lentement, les histoires croisées du bouquetin et du chamois, du bruyant chocard à bec jaune, du retour inattendu du loup, et de la discrète marmotte. Où, comment et quand croiser cette faune hors du commun ? Suivez les sentiers : chaque vallée, chaque crête a ses secrets.


Les vallées du Mercantour : des repères à faune à explorer


Pour augmenter vos chances de belles rencontres, le choix de la vallée est déjà un premier pas vers l’observation. Chacune dévoile ses hôtes privilégiés…

  • Vallée de la Vésubie : Le secteur de la Madone de Fenestre (départ du sanctuaire - 1904 m) se prête à l’observation du bouquetin. 180 individus environ vivent ici, la plus grande colonie du parc selon la RNNFA. Le sentier vers le Pas du Mont Colomb et le lac de Fenestre offre des haltes idéales tôt le matin.
  • Vallée de l’Ubaye : Plus aride, elle accueille de nombreux chamois, souvent visibles sur les pierriers autour du col de la Cayolle, à la rencontre entre Alpes du Sud et du Nord.
  • Vallée de la Tinée : Point de départ privilégié pour grimper au sommet du Gélas ou arpenter les pâturages de Mollières, où marmottes, renards et cerfs se laissent parfois deviner à l’aube.
  • Vallée de la Roya : Connue pour le spectaculaire vallon de la Minière et les forêts du vallon de Casterino, remarquables pour les observations de rapaces et de mammifères au printemps.

Espèces emblématiques à observer en randonnée dans le Mercantour


Une journée sur les sentiers du Mercantour, c’est accepter la loi du vivant : l’apparition soudaine, le pas suspendu, la silhouette qui s’efface. Mais certains habitants du parc deviennent, à force de chance (et de silence), des compagnons de marche.

Bouquetins et chamois : les seigneurs des crêtes

  • Le bouquetin des Alpes (Capra ibex) : Disparu au XIXe siècle, réintroduit depuis 1988. On en compte désormais environ 600 sur l’ensemble du parc (source : Parc National du Mercantour, données 2022). L’aplomb de leurs cornes, leur silhouette massive et pacifique se détachent dès l’aube sur les pelouses d’altitude, notamment près des Lacs de Prals, autour du Mont Bégo et du Gélas.
  • Le chamois (Rupicapra rupicapra) : Très agile, reconnaissable à sa “barbe”. La population est estimée à plus de 10 000 individus dans le parc. Peut s’observer au coucher du soleil, notamment au-dessus de Saint-Étienne-de-Tinée, sur les crêtes du Boréon et autour du col de la Bonette.

Le loup : présence invisible

Le retour du loup dans le Mercantour est récent mais retentissant. Il réapparaît en 1992, venant du Piémont italien (source : OFB). Aujourd’hui, au moins 20 à 25 meutes fréquentent la région, principalement en altitude d’octobre à mai, période de moindre affluence humaine. Les chances de l’apercevoir restent minces ! Mais il laisse des indices : empreintes sur la neige, hurlements nocturnes portés par le vent, carcasses disséminées (parfois signalées par les agents du parc). Dans les vallées de la Vésubie et du Haut-Verdon, quelques marcheurs curieux ont parfois la chance d’apercevoir une silhouette furtive à la tombée du jour...

La marmotte alpine : sentinelle et musicienne des alpages

  • Marmotte (Marmota marmota) : Célèbre pour son sifflement d’alerte, la marmotte creuse d’élaborés terriers. On la voit, en colonies parfois nombreuses, de la mi-mai à mi-septembre sur les pentes du Boréon, autour du refuge de la Cougourde et près des lacs du parc.

Les rapaces : maîtres du ciel clair

Le gypaète barbu, le plus grand rapace d’Europe avec ses 2,80 m d’envergure, plane régulièrement entre les vallées de la Tinée et du Boréon. Réintroduit depuis 1993, on y compte aujourd’hui trois couples nicheurs (“Rapaces du Mercantour”, LPO PACA).

  • Aigle royal (Aquila chrysaetos) : Une dizaine de couples, bien présents sur les crêtes frontalières et autour du Mont Bégo ; envol visible surtout en mai-juin.
  • Vautour fauve : Régulier au printemps, en particulier dans la haute Tinée, mais surtout sur le versant italien du parc.
  • Chocards, tétras-lyres, hirondelles de rochers et nombre d’autres petits passereaux peuplent forêts et landes…, bonheur du marcheur attentif.

Itinéraires et secteurs à privilégier pour les observations animales


Certaines randonnées maximisent les chances d’approche : diversité des milieux, discrétion du parcours, horaires propices… Voici quelques propositions d’itinéraires reconnus pour la richesse de leur faune.

Itinéraire Espèces probables Saison recommandée
Madone de Fenestre - Lacs de Prals (Vésubie) Bouquetin, chamois, aigle royal, marmotte Mai à octobre
Larche - Col de la Gypière (Ubaye) Chamois, marmotte, lagopède alpin, gypaète barbu Juin à septembre
Boréon - Refuge de la Cougourde Marmotte, renard, chamois, chocard à bec jaune Printemps, été
Vallon de Casterino - Lacs de Valmasque Marmottes, chamois, rapaces Juillet à octobre

Conseils pour l'observation animalière en randonnée


  • Patience et silence : Marcher lentement, éviter les cris. Un animal alerte perçoit le marcheur bien avant de se montrer.
  • Choix des horaires : Tôt le matin ou en fin d’après-midi, la faune est plus active et les lumières adoucissent la rencontre.
  • Éviter l’affluence : En semaine, hors vacances scolaires ou sur les itinéraires moins connus ; la faune s’approche davantage des sentiers délaissés.
  • Bonnes jumelles et carte du secteur : Indispensables pour l’observation à distance et pour respecter la tranquillité des animaux.
  • Rester sur le sentier : Les animaux s’habituent à la présence humaine le long des chemins balisés, ce qui permet des rencontres plus naturelles.
  • Prudence avec les chiens : Ils sont très réglementés dans le cœur du parc (obligation de laisse stricte, voire interdiction sur certains secteurs).
  • Ne jamais nourrir ou approcher : Respecter la distance, ne jamais tenter d’appâter ou toucher un animal, même approché de près.
  • Respecter les zones de quiétude : Certains secteurs ou périodes font l’objet de restrictions (naissances, nidification...).

Rituels naturels et instants rares : anecdotes de la vie sauvage


Les sentiers du Mercantour sont le théâtre de moments précieux, parfois fugitifs mais toujours intenses : la parade d’un coq tétras à l’aurore, l’apparition furtive d’un groupe de chamois courant sur l’arête, une harde de cerfs croisant doucement la lumière rase, l’ombre d’un gypaète barbu effleurant l’éboulis. Au printemps, dans la vallée de la Gordolasque, il arrive qu’on surprenne la “crèche” des jeunes marmottes, haletantes et nerveuses, surveillées par la sentinelle la plus expérimentée du terrier.

Plus haut, sur les crêtes d’altitude, des bouquetins bagués – reconnaissables à leurs colliers colorés, fruit du suivi scientifique – broutent avec nonchalance, parfois à une dizaine de mètres du promeneur, comme s’ils devinaient, dans votre immobilité patiente, une innocuité rassurante. Quant au loup, il demeure l’hôte mythique, rarement visible, mais inlassablement cherché du regard : chaque trace, chaque silence un peu trop lourd, éveille l’imaginaire.


Quelques ressources utiles et ouvrages pour préparer votre observation


  • Parc national du Mercantour : Circuits faune, alertes observation en temps réel, cartes : Site officiel
  • Ligue pour la Protection des Oiseaux PACA : Fiches espèces, points d’observation recommandés
  • "Faune et flore du Mercantour" – Jean-Paul Palocsay, éditions du Fournel
  • Guides naturalistes locaux : Randonnées thématiques et sorties nocturnes parfois organisées par les offices de tourisme de Saint-Martin-Vésubie ou Barcelonnette

Goûter la magie du sauvage


Marcher dans le Mercantour, c’est accepter de ralentir au rythme du vivant : guetter l’ombre sur un pierrier, reconnaître un cri, lire la neige ou la terre. Véritable sanctuaire alpin, ce parc se livre peu à peu au marcheur curieux et discret. La nature, ici, invite à l’humilité. Progressivement, le promeneur apprend à “voir” différemment, à ressentir, presque à deviner. Loin de proposer des promesses de catalogue, la montagne rend chaque rencontre rare – et c’est cela, le plus grand cadeau du Mercantour.


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