Forêts légendaires : s’évader dans les bois du Centre-Val de Loire et de la Bourgogne

23/08/2025

À la rencontre des grandes forêts entre Loire et Saône


Explorer les forêts de ces deux régions, c’est traverser des paysages contrastés où se mêlent souvenirs royaux, landes mystérieuses et une mosaïque de milieux naturels. Beaucoup de ces bois sont ouverts à la randonnée, riches de sentiers balisés et de découvertes discrètes. Voici les plus emblématiques, à inscrire dans les carnets d’amateurs de sylves authentiques et de chemins hors du temps.

La forêt d’Orléans, géante généreuse

Peu de massifs forestiers égalent la forêt d’Orléans en superficie. Avec près de 50 000 hectares (source ONF), elle est la plus étendue de France métropolitaine. Plantée en grande partie de chênes sessiles, de pins sylvestres et de bouleaux, cette forêt relie la Loire à la Sologne et abrite une faune insoupçonnée : cerfs majestueux, sangliers, rapaces, mais aussi cigognes noires, particulièrement au printemps.

  • Itinéraire conseil : Le sentier du Gros Chêne (15 km, départ à Orléans-la-Source), traversant les plus beaux secteurs de futaies et longeant de mystérieuses mares où chantent les grenouilles.
  • Anecdote : Les carrefours forestiers portent des noms énigmatiques issus de la chasse et de l’époque médiévale, témoignant du passage des rois et de leurs équipages.

Outre la taille, le charme de la forêt d’Orléans tient à ses changements d’ambiance au fil des saisons. Elle offre, de fin avril à début mai, le spectacle féerique des coucous en fleurs et, en automne, des ocres intenses sous les dégradés de brume matinale.

Fontainebleau, la forêt des artistes… et des randonneurs

Bien qu’à la lisière nord du Centre-Val de Loire, la forêt de Fontainebleau est incontournable. C’est le plus grand massif forestier d’Île-de-France, s’étirant sur 25 000 hectares, dont une partie se fond sur le territoire du Loiret (source ONF). Fontainebleau, ce sont les gorges, les chaos de grès, la lumière dorée filtrée par des pins grimaçants, les sentiers sinueux qui inspirèrent les peintres impressionnistes comme Jean-Baptiste Corot ou Théodore Rousseau. Depuis le XIXe siècle, elle fascine randonneurs, grimpeurs de blocs et rêveurs de nature inaltérée.

  • Parcours emblématique : Les circuits des 25 bosses, réputés pour leur difficulté et leurs paysages lunaires. Une version modérée : le sentier des gorges de Franchard (6 km, boucle).
  • Observation : À l’aube, sangliers et chevreuils quittent furtivement les secteurs sablonneux pour se nourrir, tandis que les geais animent les fourrés.

Fontainebleau, c’est aussi un laboratoire de biodiversité, protégé dès 1861 (première « réserve artistique » au monde, selon l’ONF). On y chemine, entre landes et sous-bois, à la recherche de pins parasols centenaires et d’abris rocheux couverts de mousses.

Sologne, royaume des grands cervidés

Située au sud-est d’Orléans, la Sologne évoque un patchwork de forêts épaisses, d’étangs miroitants (plus de 3000) et de landes bruissantes. Ici, le chêne s’impose, mais maraîchers, saules, bouleaux et charmes l’accompagnent sur près de 150 000 hectares boisés (source : Sologne Tourisme). C’est le terrain favori du cerf élaphe, surtout perceptible lors du brame en septembre, moment où la forêt s’emplit de rudes appels gutturaux.

  • Sentier recommandé : Boucle autour de l’étang de Beaumont (7 km), traversant sous-bois, prairies humides et rives peuplées de hérons cendrés.
  • Astuce naturaliste : En matinée ou à la tombée du jour, il n’est pas rare d’apercevoir le discret chevreuil, ou d’observer la trace d’un blaireau creusant son terrier.

La Sologne est aussi une terre de légendes, où subsistent contes de loups-garous et de paysans cherchant les champignons d’automne. En randonnée, le silence épais se pare parfois d’une brume envoûtante, propice à la contemplation.


Bourgogne : forêts profondes et terres d’histoire


Morvan, cœur sauvage et mystérieux

Le Parc naturel régional du Morvan offre l’une des mosaïques forestières les plus denses et variées de France. Environ 48% de la surface du parc, soit plus de 125 000 hectares, sont boisés (source : Parc du Morvan). Hêtres, douglas, châtaigniers et épicéas s’entremêlent ici dans un dédale de collines, de sources et de ruisseaux transparents. Si le mont Beuvray est un incontournable, le Morvan tout entier est un appel à la marche contemplative.

  • Balade phare : Ascension du Haut-Folin (901 m, point culminant de Bourgogne), à travers sapinières moussues et belvédères, boucle de 13 km au départ de Glux-en-Glenne.
  • Patrimoine caché : Sur certains sentiers, on croise d’anciens chemins de Galvachers (les bouviers du Morvan) et des bornes frontières médiévales.

Le Morvan, c’est aussi la terre du mythique Bibracte, site gallo-romain majeur, où le murmure de la forêt prolonge mille récits antiques le long du sentier archéologique.

Bertranges, mer forestière des Nivernais

Moins connue que Fontainebleau ou le Morvan, la forêt des Bertranges mérite la découverte. Elle couvre près de 10 500 hectares, offrant le plus vaste massif de chênes pédonculés d’Europe. Cette forêt fut autrefois la réserve en bois des grandes tonnelleries et fut reconnue comme un haut-lieu de la gestion forestière durable depuis le Moyen Âge (source : ONF).

  • Déambulation conseillée : Circuit des grands chênes (9 km, départ à Saint-Aubin-les-Forges), où l’on surprend souvent écureuils et chevreuils, et où subsistent parfois des vestiges de charbonnières.
  • Spécificité : Les Bertranges offrent, aux marcheurs attentifs, de splendides floraisons de muguet en mai et une canopée vibrante à la fin de l’été.

Côte-d'Or : la majesté de la forêt de Châtillon

Moins fréquentée mais puissamment ancrée dans le paysage, la forêt domaniale de Châtillon-sur-Seine (près de 13 000 hectares, source ONF) est dominée par le chêne sessile et le hêtre. Son relief vallonné et ses combes fraîches constituent une belle échappée pour les passionnés des sentiers hors-piste.

  • Parcours nature : Circuit du Val des Choues (8 km), jonché de sources et longé par des vieux murs d’abbaye, dans une zone où subsistent des terriers de blaireaux et une microfaune abondante.
  • À savoir : Châtillon est aussi reconnue pour ses orchidées sauvages au printemps et ses jeux de lumière spectaculaires sur les jeunes feuilles, dès la mi-avril.

Cette forêt est traversée par le sentier de grande randonnée GR2, qui relie Le Havre à Dijon, rappelant que la Bourgogne fut et reste un carrefour de routes historiques.


Préparer sa randonnée dans ces massifs : conseils et repères pratiques


  • Respecter la nature : De nombreux sites accueillent des espèces protégées (cigogne noire, lynx dans le Morvan, orchidées rares) : rester sur les sentiers balisés limite les dérangements.
  • Meilleures saisons : Le printemps (fin avril – début juin) offre floraisons et chants d’oiseaux, l’automne pare les chênes de couleurs flamboyantes (mi-septembre à novembre).
  • Équipement adapté : Prévoir de l’eau, un coupe-vent (toutes ces forêts sont exposées à la pluie et au vent), des jumelles pour la faune, et un guide IGN, car le balisage peut être partiel hors circuits principaux.
  • Points d'information : Les maisons de la forêt (Morvan, Sologne, Orléans) fournissent cartes et alertes sur les fermetures éventuelles de sentiers (chasse, débardage, etc.).
  • Accès : Toutes ces forêts sont accessibles en voiture, certaines à vélo ou en transports en commun depuis les grandes villes régionales (Orléans vers la forêt d’Orléans et Sologne, Dijon ou Nevers pour le Morvan et les Bertranges).

Trésors insoupçonnés et expériences à ne pas manquer


  • La lande des Bergeries dans le sud de Sologne, paradis de la cistude d’Europe et des insectes rares.
  • Le « mur des Mousses » dans le Morvan, un promontoire tapissé de bryophytes près du lac de Pannecière.
  • Les vieux arbres « à visage humain » de Fontainebleau, thème favori des photographes et des conteurs locaux.

Chaque forêt a ses veines cachées : une source secrète, un arbre multicentenaire, un chant d’oiseau méconnu ou la révélation d’une lumière qui danse. Marcher lentement, écouter, lever la tête : voilà l’essence de ces terres boisées du Centre et de la Bourgogne.


Marsouiner de forêt en forêt : une invitation sans fin


De la majesté massive d’Orléans et du Morvan à la poésie douce de Bertranges ou des bois de Sologne, randonner ici, c’est renouer avec une histoire millénaire, vivre la rencontre avec une faune vivace et retrouver le rythme ancien de la marche. Le Centre-Val de Loire et la Bourgogne offrent une infinie palette d’ambiances forestières : on y goûte le plaisir simple de se laisser happer par l’inconnu et la promesse, toujours renouvelée, de revenir sur ces sentiers tissés d’ombre, de lumière et de silence.

Pour approfondir, consulter les ressources de l’Office National des Forêts et, pour le Morvan, le site du Parc Naturel du Morvan.


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