11 août 2019

Carnets de voyages, France

6 commentaires

Aller marcher sur le chemin de Stevenson…

En juillet, je suis partie marcher 4 jours sur le chemin de Stevenson, je voulais partager avec vous mes impressions et mes réflexions suite à cette expérience.
Marcher sur le chemin de Stevenson, c’est une envie qui me trotte dans la tête depuis un moment, je crois bien qu’elle est sur ma bucket list depuis le début. Chemin de Stevenson, chemin de Compostelle, GR… qu’importe son nom à la base, j’avais surtout envie d’aller marcher plusieurs jours et de revenir à l’essentiel, me couper du rythme effréné de la routine et découvrir un nouveau coin de notre beau pays.

Suivre régulièrement les inspirantes vadrouilles d’Astrid d’Histoires de Tongs sur son chemin de Compostelle avait renforcé cette idée qui germait doucement dans un coin de ma tête.

Le Chemin de Stevenson (GR 70) part du Puy en Velay et rejoint St-Jean-du-Gard, sur 270 kms environ. S’il est connu ce chemin, c’est parce qu’il porte le nom de Robert Louis Stevenson, l’auteur y a marché en 1878 pour chasser un chagrin d’amour, bien avant d’écrire son Île au trésor, et parce qu’il en a écrit un carnet, “Voyage avec un âne dans les Cévennes”. Je n’ai pas du tout accroché au bouquin, ni au style de Stevenson, mais l’idée d’aller marcher dans ses pas pendant quelques jours était tentante !

Dans ce récit, je ne rentrerai pas dans les détails techniques des étapes du chemin, les Amis du Chemin de Stevenson et le Gite de l’Estela sont les deux sites qui m’ont aidé à préparé cette randonnée et qui ont répondu à toutes mes questions techniques, ils sont très bien fournis en informations pratiques :

Avant toute chose, il faut le savoir, je ne suis pas une grande sportive. Je suis une urbaine sédentaire et je l’assume, j’ai lâchement abandonné ma salle de sport, je ne suis pas entraînée, je suis plutôt une randonneuse du dimanche (et encore), je passe mes journées et mes soirées derrière un écran… bref l’appréhension d’enchaîner plusieurs jours de marche intense était tout de même nichée dans un coin de ma tête.

Tous les grands randonneurs s’accordent : “le Chemin de Stevenson, c’est facile et plat, bref accessible à tous”.

Un chouia rassurée, me voilà prête à aller marcher sur le chemin de Stevenson, me confronter à mes rêves, tout en appréhendant quand même pas mal le cumul de plusieurs journées de randonnées sur mon corps qui n’est pas habitué à endurer ce genre d’exercice.

Spoiler alert : j’en ai chié !
Spoiler alert bis : le Chemin de Stevenson n’est pas une balade du dimanche, mais bien un chemin de grande randonnée, n’en déplaise aux plus hardis !

4 jours sur le chemin de Stevenson

J’ai donc sagement décidé de me tester sur 4 jours pour une première fois. Le Chemin de Stevenson tel que l’auteur l’a parcouru peut se découper en 11 étapes. 4 jours de marche correspondent à la première partie, la découverte du Velay, la Haute-Loire, du Puy jusqu’à Langogne, et de s’arrêter juste avant de rentrer dans les terres du Gévaudan.

Je suis partie avec ma sœur, mon sac sur le dos, avec nos nuits en auberge réservées en amont. Le Chemin peut se faire de différentes façons : du plus radical, en totale autonomie, au plus confortable avec portage des affaires, entre les deux, à chacun de trouver son confort et son équilibre.


Point aléatoire qu’on avait pas prévu : nos 4 jours sont tombés pile pendant la semaine de canicule française en juillet 2019, avec des pointes de chaleur à 35°. On a eu beau décaler nos journées de marche en commençant dès 7h, la chaleur a été franchement compliquée à gérer.
Une de nos hôtes nous racontait qu’en mai, soit-disant la meilleure période, les randonneurs s’étaient gelés eux, bref, les aléas climatiques actuels peuvent rendre assez difficile le choix de la bonne période pour marcher.

Bref, je vous épargne un suspense intenable : j’ai bien marché ces 4 jours consécutifs finalement, mon corps m’a porté et j’ai terminé ma marche plutôt fière de moi ! Niveau souffle, niveau muscles, niveau mental, niveau poids du sac, rien à dire ! En revanche, niveau équipement, j’ai tiré une première leçon assez rapidement : de mauvaises chaussettes peuvent rapidement devenir vos pires ennemies ! En effet, j’ai eu mes premières ampoules dès le premier soir, et j’ai donc du marcher les 3 jours suivants avec la brûlure des ampoules qui naissaient au fil de mes pas et des mauvais frottements.

Ces douleurs auraient pu rendre l’expérience insupportable, mais j’ai heureusement croisé le chemin d’une marcheuse infirmière qui s’est occupée de mes pieds en me faisant des pansements de compet’ pour que je puisse marcher les jours suivants. Le même soir à l’auberge, une autre personne m’a donné de lui-même une paire de ses chaussettes bien plus épaisses que les miennes pour atténuer les prochains frottements.
J’ai croisé mon ange-gardien-infirmière tout au long des quatre jours qui, coïncidence, logeait dans les mêmes auberges que nous, et prendra régulièrement des nouvelles de mes pieds !
Cette solidarité spontanée sur le chemin (j’avais littéralement rien demandé) m’a vraiment touché au cœur (et aux pieds en l’occurrence !)
Le lendemain, la douleur était évidemment toujours là, mais je m’y suis habituée, comme si elle devenait mienne et que j’avais fini par l’intégrer. Je n’avais plus mal en permanence, seulement une douleur irradiante et pulsante quand je faisais des pauses et que mes pieds commençaient à se détendre. La reprise après les pauses devenait plus difficile que la marche. Je l’avoue, je suis bien contente de n’avoir eu à marcher ‘que’ 4 jours, je pense sincèrement que j’aurais jeté l’éponge un jour de plus.

Nos étapes faisaient entre 19 et 24 kms, le topo-guide indiquait qu’il fallait entre 5 et 7h pour les faire. Autant dire qu’en commençant à marcher à 7h30, on se voyait déjà pouvoir profiter de nos refuges tout l’après-midi, nos pieds groggy en éventail. Sauf qu’on s’est vite rendu compte que dès 10h du matin, les températures devenaient difficiles à supporter.

Certains marcheurs croisés sur le chemin ne s’accordaient que la pause du midi et traçaient le reste du temps. De notre côté, nous nous accordions autant de pauses que nos corps nous le demandaient et on marchait à notre rythme. Parfois, de longs (longs !) tronçons du chemin filaient droit en plein soleil, et on espérait la prochaine pause à l’ombre avec impatience. On a vite pris l’habitude de remplir systématiquement nos gourdes dans chaque village traversé, mais sur l’une des étapes, les fontaines étaient à sec et alors le manque d’eau s’est fait sentir : on avançait plus lentement et on a commencé à se rationner en eau.

On a vite compris que les temps indicatifs ne prenaient pas en compte la chaleur, les dénivelés sur les chemins rocailleux, les pauses, les douleurs et la fatigue cumulée des jours précédents. Verdict, la plupart des étapes nous ont en réalité pris la journée : départ à 7h30, arrivée vers 17 ou 18h. Et oui, c’est très long sur le chemin ! Arrivées à 18h à l’auberge, ça signifie douche puis repas collectif à 19h, et coucher à 21h (oui !), donc finalement très peu de temps de repos entre deux étapes.

Mentalement, savoir qu’après 14 kms de marche, il nous restait encore 10 kms à parcourir m’a parfois semblé insurmontable. C’est ma deuxième leçon retenue : la prochaine fois, je réduirai drastiquement les étapes pour pouvoir apprécier les moments de repos !

“Le Chemin de Stevenson, c’est plat et accessible à tout le monde” qu’ils disaient. Alors oui, évidemment que comparé au Tour du Queyras dans les Alpes ou au GR20 en Corse, c’est sans doute plus facile, mais ça reste de la moyenne montagne. Je me souviendrais encore de la montée entre Goudet et Montargnac, dont je ne voyais pas le bout ! Idem sur la descente toute en rocaille roulante avant d’arriver au village de Goudet où mes genoux ont bien tiré la tronche ! Non, qu’on ne s’imagine pas que c’est tout plat !!

Marcher en solo sur le Chemin de Stevenson ?

J’ai toujours eu envie de marcher en solo sur le chemin de Stevenson, j’y voyais un voyage initiatique, sûrement introspectif, qui me ferait du bien. Mais cette fois, j’y ai accompagné ma sœur. Et je dois bien reconnaître que pendant ces 4 jours, si j’y avais été en solo, je pense sérieusement que j’aurais baissé les bras.

Je ne sais pas s’il aurait été prudent de se lancer en solo sur ce chemin par les températures caniculaires de ce mois de juillet vu le peu de personnes croisées sur les étapes.

J’ai pourtant l’habitude de vanter les bienfaits du voyage solo, mais cette fois, sans vouloir dramatiser, être accompagnée m’a semblé important : il y a peu de monde sur ce chemin, peu de couverture réseau et la chaleur cumulée à la fatigue peuvent vite devenir des ennemies. Je pense que pour marcher seule, il faut une force mentale à toute épreuve quand, en plein cagnard, au milieu de rien, la douleur irradiant de mes pieds, je me demandais pourquoi je n’étais pas restée chez moi au frais derrière mon écran ! 

L’avantage de ne pas marcher seule, c’est aussi de réduire le risque de s’égarer en chemin. Les sentiers sont très bien balisés et il suffit en général d’être vigilante, à l’affût des balises du GR, mais à plusieurs reprises, plongée dans mes pensées sur un tronçon plutôt monotone, j’ai entendu Mathilde me crier derrière moi, “c’était à droite !!” Damned !

Le décor tout au long des étapes n’est pas le même selon les régions. Dans le Velay, nous avons marché à travers des champs (de blé et de lentilles notamment !), sur de grands chemins de terre, parfois sableux, parfois ocres, en sous bois et sur des versants de collines. Je trouve personnellement l’immensité des champs qui s’étendent jusqu’à l’horizon grisante ! C’est suffisamment rare de se sentir seule au monde au milieu de la campagne française pour le souligner… Mais ça peut vite devenir monotone selon les attentes de chacun.

Et puis, personnellement j’ai grandi avec des récits d’aventure et de fantasy où les héros quittent leur village et parcourent de vastes régions à pied, pour rejoindre des contrées inconnues où de futurs compagnons d’aventure les attendent… J’ai des souvenirs vifs de mes premiers romans de fantasy où je rêvais de rejoindre ces compagnons imaginaires qui partaient, un baluchon sur le dos, chercher l’aventure en foulant des chemins poussiéreux ! Ça a toujours été un fantasme de quitter la ville pour aller marcher dans leur pas, de retrouver un rythme lent et de laisser mon esprit vagabonder et écrire mentalement de prochaines histoires à conter justement ! Du slow travel par excellence…

Dans la réalité, on traverse de minuscules villages en pierre de lave que l’on voit apparaître au loin sur le chemin, mais on parcourt aussi de longs tronçons où le décor ne change pas beaucoup…

Quand marcher fait ralentir le temps

Marcher sur chemin, c’est aussi l’occasion de vivre cet étonnant phénomène du temps qui se dilate. Marcher, c’est aligner un pas après l’autre, avec juste pour objectif d’arriver à l’auberge : marcher, manger, dormir, marcher, manger, dormir.

On revient à l’essentiel, et le temps ralentit. Au bout du 4ème jour, j’avais l’impression d’être partie depuis deux semaines ! La journée semblait tellement plus longue et riche qu’une journée typique de notre routine métro-boulot-dodo.

Où passe le temps quand on lui court après, alors que sur le chemin les minutes s’étirent et semblent se démultiplier ? Cette constatation est absolument fascinante à observer, et m’a donné envie de déconnecter plus régulièrement en allant marcher, un pas après l’autre, en revoyant le sens de mes priorités…

A la rencontre des autres marcheurs

Sur le chemin, c’est aussi le retour des relations sociales simples. Cela peut sembler évident à la plupart des gens, mais en tant qu’introvertie ascendant asociale, chaque interaction sociale me pompe régulièrement de l’énergie.

Sur le chemin, le contact est facile avec la plupart des gens. Le Chemin de Stevenson n’est pas le Chemin de Compostelle, le chemin n’est pas énormément fréquenté. On a du croiser une quinzaine de personnes sur nos tronçons, mais à force de se dépasser / se faire dépasser sur le chemin, on commence à sympathisé avec les même personnes. Le soir à l’auberge, on retrouve certaines têtes, on se raconte sa journée, on prend des nouvelles.

Les conversations sont simples autour des bons plats de la région cuisinés par nos hôtes. Et entre nous, l’Auvergne est sûrement l’une des meilleurs régions pour se remplir la panse ! Je vous laisse imaginer le plaisir simple d’un plateau de fromages auvergnats après une longue journée de marche ! Les repas collectifs dans les auberges étaient sans doute le meilleur moment de la journée !

Cette facilité de connexion entre les gens a fait beaucoup de bien à l’asociale anxieuse que je suis, ça m’a donné envie de parler à tout le monde ! (autant dire que dès mon retour à Lyon, j’ai assez vite déchanté…)

Au Puy-en-Velay, on avait croisé plusieurs femmes qui partaient marcher sur le chemin de Compostelle en solo. Sur le chemin de Stevenson, nos compagnons de route ont été des retraités, des belges trentenaires, des quinquagénaires savoyo-picards et un jeune qui marchait accompagné d’un âne et qui dormait à la belle étoile avec son hamac. On a eu de jolies surprises sur le chemin comme ces deux gamins en vacances qui proposaient une halte bienvenue, 1€ le sirop, sous un grand arbre, ou cette pause surprenante où des boissons fraîches étaient en libre-service dans une glacière au milieu de rien… Enfin, à Pradelles, on a pu discuter avec l’un des créateurs originaux du sentier, croisé par hasard à l’office du tourisme, et qui, trop heureux de partager son savoir, prendra le temps de nous raconter l’histoire du coin…

Au bout de ces 4 jours, je suis plutôt fière de moi de ne pas avoir abandonné et d’être allée jusqu’au bout de mon humble objectif ! C’est drôle comme le cerveau est doté d’un étrange mécanisme, il réussit à mettre en sourdine les moments les plus douloureux. A l’heure où j’écris, j’ai presque déjà oublié la douleur ressentie et la fatigue due à ces quatre jours sous la canicule, et je suis même impatiente de retourner marcher sur les autres étapes du Chemin de Stevenson, de croiser d’autres marcheurs, de m’arrêter dans des auberges chaleureuses au milieu de rien et d’étirer encore ce temps qui nous file inlassablement entre les doigts !

 

 

6 thoughts on “Aller marcher sur le chemin de Stevenson…”

  1. Merci Hélène pour ce récit. On s’y croirait. Je pars faire une marche de 3 jours dans les gorges du Tarn, c’est du coup très instructif.
    Le coté slow me plait particulièrement.
    En tout cas tu m’as donnée envie de découvrir le Chemin de Stevenson. Je vais faire attention au choix des chaussettes.

    1. Hello Claudine !
      Super pour les Gorges du Tarn, c’est un joli coin !

      Pour les chaussettes, le secret serait des chaussettes doublées pour éviter les frottements (trouvables au rayon rando, ou littéralement deux couches de chaussettes si besoin)

      Je te souhaite une belle marche !

  2. Coucou Hélène !
    Merci pour ce beau récit. Je ne suis plus une grande sportive à cause de problèmes de santé, mais le chemin de Stevenson reste en top 1 de mon top 1 de bucket list (ahah). Je suis bien heureuse que tu n’aies pas javellisé ton récit pour n’en garder que les beaux moments. Et surtout, chapeau !

    1. Merci Isa !
      J’ai franchement râlé tout en haut sur le chemin quand je repensais aux gens qui m’avaient affirmé que c’était de la rando facile ! (alors que tout est relatif, même en rando, et j’avais vraiment besoin d’extérioriser ça, de mettre les points sur les i et dévoiler ma vérité ! ^^)
      Après en vrai, en discutant avec d’autres marcheurs, le tronçon en question est apparemment l’un des plus chiants, et le reste visiblement plus tranquille… j’éditerai l’article quand j’aurais fait le reste ! 😉

  3. Bonjour,
    Ce chemin sera ma prochaine marche, on m’en a dit tant de bien et parait il moins business que sur Compostel que j’ai fait en partie du Puy en Velay à Hendaye en passant par Saint Jean Pied de port en 32 jours. Bravo pour vos commentaires, c’est très agréable à lire et plein d’humilité.

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