Marcher entre ciel et landes : randonnées essentielles dans les monts du Forez et du Livradois

22/09/2025

Un territoire à la géographie singulière


Les monts du Forez et du Livradois forment le socle du Massif central oriental, dessinant une frontière naturelle entre Loire et Puy-de-Dôme. Leur ligne de crête effilée frôle régulièrement les 1 400 mètres d’altitude, avec, pour sommet, Pierre-sur-Haute, dominant le Forez à 1 634 mètres. À l’est, les plateaux s’étendent vers la plaine de la Loire, tandis qu’à l’ouest, le Livradois plonge dans la Corrèze et le Velay. Entre les deux s’étire le Parc naturel régional Livradois-Forez, l’un des plus vastes de France avec plus de 3 100 km² – un espace protégé où la randonnée trouve son terrain de jeu privilégié (source : Parc Livradois-Forez).


Des paysages modelés par la main du temps


Ici, les lignes sont douces mais puissantes. Forêts de hêtres et de sapins noircis par l’âge, chaumes dorées d’altitude, tourbières bruissantes, buttes volcaniques, rivières et petits villages de granit : le promeneur découvre un paysage multiple, souvent marqué par l’activité humaine traditionnelle (pâturages, four à pain, vestiges d’anciens moulins).

  • Les “Hautes Chaumes” du Forez : vastes espaces d’altitude, parsemés de jasseries (fermes d’estive typiques), idéaux pour la randonnée panorama.
  • Le Livradois : versant plus forestier, réputé pour ses vallées profondes, ses scieries historiques et ses villages perchés.

Ce patrimoine naturel et rural est reconnu : le Forez, par exemple, demeure l’une des rares régions françaises à conserver une flore relicte d’origine boréale issue des anciennes glaciations (Institut National de l'Information Géographique et Forestière, IGN).


Trois itinéraires majeurs pour s’imprégner des monts du Forez et du Livradois


1. L’intégrale de la ligne des crêtes du Forez

Cet itinéraire, l’un des plus emblématiques, suit la dorsale sommitale sur une trentaine de kilomètres, de Chalmazel à Saint-Anthème. Les panoramas y sont spectaculaires, surtout par temps clair, révélant sur 360° la chaîne des Alpes (parfois jusqu’au Mont-Blanc), le Ventoux, et les volcans d’Auvergne à l’ouest.

  • Départ : Station de ski de Chalmazel (1 100 m)
  • Arrivée : Saint-Anthème ou direction la station de Prabouré
  • Distance : 30 km environ, possible sur 1 ou 2 jours
  • Dénivelé : ±900 m
  • Points marquants : Traversée des Hautes Chaumes, passage par Pierre-sur-Haute (point culminant du département Loire), nombreuses jasseries, tourbières protégées du Col du Béal
  • Remarque : en hiver, attention aux conditions (enneigement fréquent jusqu’en avril).

À ne pas manquer : Les aurores sur les Hautes Chaumes, lorsque les brumes de vallée s’accrochent aux herbes givrées. Avec patience, on peut observer la linotte mélodieuse ou le rare busard Saint-Martin.

2. Le tour des villages oubliés du Livradois

Moins ouvert, plus enclavé, le Livradois se prête merveilleusement à la randonnée d’immersion. Plusieurs boucles balisées permettent d’en saisir l’âme. L’une des plus intéressantes part du village d’Olliergues et emprunte de vieux chemins muletiers, façonnés jadis pour les foires et le commerce du bois.

  • Départ : Olliergues (Puy-de-Dôme)
  • Boucle : Olliergues – la Chapelle-Agnon – Novacelles – Le Brugeron – retour Olliergues
  • Distance : 48 km, réalisable en 2 à 3 jours (possibilité de fractionner)
  • Points forts :
    • Olliergues, ancien bourg fortifié dominant la vallée de la Dore – son marché du jeudi est réputé.
    • Le Brugeron, village de crêtes et d’apiculteurs (le miel de montagne y a une réputation nationale, source : Syndicat des Apiculteurs de Puy-de-Dôme).
    • Traversée de hêtraies anciennes, découverte de scieries à eau toujours actives.

Par temps de pluie, ces sentiers noirs de sapins prennent une ambiance quasi-mystique, renforcée par la présence occasionnelle du cerf ou du sanglier. Mention spéciale pour l’automne : les forêts du Livradois deviennent alors une mer de cuivres et d’oranges.

3. L’appel des tourbières et des chaos granitiques : la vallée de l’Ance

La vallée de l’Ance, méconnue du grand public, réserve aux marcheurs les plus belles tourbières du massif, ainsi que d’impressionnants chaos rocheux. Ce site, classé Natura 2000, recèle plus de 200 espèces de plantes recensées sur moins de 10 km² (source : Office français de la biodiversité).

  • Départ : Saint-Anthème
  • Boucle : Saint-Anthème, Col des Supeyres, tourbières de Montmorin, retour par la vallée de l’Ance
  • Distance : 18 km
  • Particularités : Variété botanique exceptionnelle (andromède à feuilles de polium, drosera carnivore, linaigrettes), zones humides préservées, anciennes pierres à cupule utilisées depuis le Néolithique

Ce parcours offre une initiation à la géologie locale : les chaos de granite découpés par l’érosion, les traces laissées par les glaciers quaternaires et les murets séculaires des bergers.


Balades à la journée : suggestions rapides pour tous niveaux


  • Le sentier des jasseries (12 km depuis le col du Béal) : immersion dans le pastoral, idéal en famille.
  • Le tour du Pic de la Garde (9 km, départ Valcivières) : panoramas sur le Livradois, passage par un dolmen oublié.
  • La forêt de la Comté (13 km, accès depuis Saint-Flour-l’Étang) : ambiance de futaie et observation facile de chevreuils.
  • Le chemin du Facteur (7,5 km, depuis Saint-Romain-le-Puy) : petit patrimoine rural, tours à signaux, vestiges archéologiques gallo-romains.

Tous ces sentiers sont balisés (balisage blanc-jaune ou GR), adaptés aux différents niveaux, mais le Livradois-Forez demande toujours un minimum d’équipement : vêtement imperméable même en plein été (orages soudains), bonnes chaussures, réserve d’eau (certains secteurs peu desservis).


Quand partir et conseils pratiques pour le marcheur curieux


  • Période idéale : mai à octobre, pour l’état des sentiers et la diversité florale (la floraison des jonquilles sur les Chaumes, de fin mai à juin, vaut le détour)
  • Cartographie conseillée : IGN Top25 n°2731ET (Ambert/Chalmazel), cartes éditées par le Parc Livradois-Forez et l’office de tourisme (Ambert Livradois-Forez Tourisme).
  • Hébergements : Refuges des jasseries, gîtes ruraux, plusieurs accueils à la ferme (souvent sans réservation l’été).
  • Signalétique : Certains sentiers anciens sont moins entretenus, prévoir une carte papier et une trace GPS en toutes saisons.
  • Faune et biodiversité : Attention au balbuzard pêcheur sur les plans d’eau de la plaine du Forez ; nombreux chevreuils, renards, milans royaux.

Échos d’histoire : petites anecdotes à glaner en chemin


  • Le fromage Fourme de Montbrison, produit AOP depuis 2010, trouve ses origines dans les jasseries du Forez. Les premières mentions de ce fromage datent du XIII siècle.
  • La ligne de partage des eaux Atlantique/Méditerranée traverse les crêtes du Forez, marquant la frontière géographique entre deux grands bassins hydrographiques.
  • On y recense l’une des plus fortes densités de menhirs et pierres à cupule du Massif central (source : Ministère de la Culture, Inventaire général du Patrimoine).

Entre monts secrets et pas d’oiseaux


Le Forez et le Livradois ne dévoilent jamais tous leurs reliefs d’un seul regard, ni toutes leurs histoires en une seule randonnée. Ils invitent à la lenteur, au goût de l’imprévu et de la curiosité. Ici, le marcheur devient arpenteur, témoin attentif des liens entre hommes, bêtes et pierres. Loin du tumulte, ces monts offrent l’évidence d’un retour à l’essentiel, pour qui prend le temps d’écouter le vent, de longer les sources et de saluer ces villages que la carte ne mentionne pas toujours.

Bon vent sur ces chemins confidentiels du Massif central — là où la marche reste un dialogue entre paysages, mémoire et émerveillement.


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