9 février 2011

Australie, Voyages & escapades

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La Grande Traversée vers Uluru

Après avoir potassé « le guide de survie dans l’outback », il est temps d’affronter ce grand inconnu, le Red Center du pays, le désert, l’outback, bref la Grande Traversée du pays dans le sens Sud-Nord.

Pour survivre à ces étendues immenses où il n’y a rien, on fait le plein d’eau potable, on remplit nos jerricanes de fuel, on fait le stock de nourriture et on garde nos filets anti-mouches sous la main.

Parce que si tu penses que c’est la chaleur qui peut te faire craquer dans le désert, détrompe-toi lecteur, ce sont les mouches ! Perfides et vicieuses, elles te tournent autour par dizaines – centaines ? – se collent sur tes lèvres, paupières, narines à la recherche de la moindre gouttelette d’humidité. Voilà ce qui peut faire craquer le plus grand des explorateurs au milieu de rien !

Bref.

Parfois on se fait une montagne de pas grand chose. A vrai dire, il n’y a rien d’insurmontable dans cette traversée. La chaleur, intenable, certes, mais surtout de longues routes monotones. Sur la carte, les villes sont espacées de quelques centaines de kilomètres. En réalité, ce ne sont même pas des villes, mais de simples roadhouses, des stations-essence qui regroupent tous les services : petit resto pour routiers, épicerie, garagiste et la plupart du temps motel ou caravan park. Seuls contacts humains au milieu de nulle part.

On croise nos premiers road-trains, ces énormes camions qui tirent trois, quatre, cinq remorques et qui roulent à toute allure. Toujours très impressionnants quand ils te doublent, il est même conseillé de se rabattre doucement sur le bas côté pour les laisser passer !

Premiers rituels aussi, l’index levé sur le volant pour saluer un van ou un camping-car. Signe de reconnaissance entre routards.

La prochaine vraie ville est Coober Peddy, ville minière.

La curiosité de Coober Peddy, ce sont ses maisons troglodytes, creusées dans la roche ou sous terre à l’époque des premiers mineurs pour épargner à leur famille la chaleur intenable du désert. Quand on sait qu’elle peut monter jusqu’à 50°, on comprend mieux l’intérêt de ces maisons. Aujourd’hui, les habitants actuels vivent dans de vraies maisons mais on peut encore visiter les anciennes et même une église creusée à même la roche. Quand on quitte la ville il est presque 20h et la température indique 40°…

C’est une chose d’arriver à supporter cette chaleur étouffante en conduisant toute la journée, mais on espère secrètement que la température va baisser de quelques degrés pendant la nuit nous donnant ainsi quelques heures de répit. Et puis quoi encore ? Tu rêves ! Le vent reste aussi brûlant et j’ai l’impression que la température ne baisse pas d’un degré. Sur l’aire de repos, on laisse le van grand ouvert et on s’installe dans nos chaises de camping pour observer les étoiles. Une voûte céleste qui s’étend à perte de vue et aucune lumière pour la polluer. C’est fou comme le ciel semble différent ici. Immense et infini. Tout est plus beau dans ce ciel.

Puis la fatigue me rattrape mais impossible de dormir par cette chaleur. Quand j’arrive enfin à m’assoupir, MT me réveille brusquement, il y a un animal qui tourne autour du van ! Inutile de dire qu’on a bien flippé, seules au milieu de rien avec des bruits inconnus… La nuit a été courte…

On reprend la route au lever du soleil pour profiter de la fraicheur (ahem…) matinale.

On arrive à Yulara, seule ville près du site sacré d’Uluru. Ici, interdit de faire du camping sauvage. C’est ainsi qu’au milieu du désert s’élève un grand complexe hôtelier, avec hôtels de luxe pour touristes fortunés, motels pour baroudeurs et camping pour fauchés (que nous sommes). Bien évidemment, au milieu de rien et avec un tel monopole, les prix sont exorbitants. On paye l’emplacement du camping, sans électricité, 17 dollars par personne ! 17 dollars, juste pour dormir dans son propre van, en toute légalité. On profite au moins de la douche, mais l’eau est tiède, presque chaude…

A la réception, on apprend qu’il y a une alerte aux températures élevées, plus de 46°. La plupart des marches sont fermées et il est fortement conseillé de se trimballer avec plusieurs litres d’eau (chaude la plupart du temps, l’impression de boire du thé… sans thé)

On se réfugie dans le centre des visiteurs du parc (climatisé !) où on profite des explications sur l’histoire aborigène et leurs façons de vivre.

Quand l’heure du coucher de soleil approche, on se dirige vers Uluru. Malgré la chaleur, les touristes sont au rendez-vous et chacun a son appareil photo braqué sur cet immense rocher rouge. Contrairement aux Blue Mountains et à la Great Ocean Road, l’aspect touristique ne m’enlève pas le plaisir et la magie du moment. Je crois que ni les photos, ni les mots ne peuvent décrire le spectacle vécu. Les aborigènes le considèrent comme un lieu sacré, imprégné d’un esprit puissant. Face à cette immensité, on se sent minuscule et insignifiant, et surtout on prend conscience de la beauté et des mystères de la nature.

On passe la nuit au camping où on arrive à fermer l’œil quelques heures. On se lève le lendemain à 5h pour voir cette fois le lever du soleil sur Uluru. Et c’est le moment que j’ai préféré. Observer le passage de la pénombre à la lumière, scruter les premiers rayons qui viennent caresser la masse rouge imposante, voir les ombres s’étirer et révéler les crevasses sur le rocher. Uluru semble s’éveiller et les couleurs sont magnifiques. Plus douces que le rouge mordant de la veille.

A 7h il fait déjà chaud – plus de 30° – et on préfère faire le tour du rocher en van et de s’arrêter aux principaux lookouts. Contrairement à ce qu’on croit, la base du rocher est tapissée d’une végétation luxuriante. Et encore une fois, alors que de loin, il semble lisse jusqu’à la base, les cavités sont en réalité nombreuses autour du rocher. Sur l’un des flancs des crétins inconscients entament l’ascension d’Uluru. Les aborigènes déconseillent vivement d’escalader ce site sacré, non seulement par respect envers leurs croyances et pour préserver le site naturel mais aussi parce qu’il y a régulièrement des personnes qui meurent pour avoir sur-estimé leurs capacités physiques ! Je reste perplexe face au spectacle. Comment peut-on venir jusqu’ici, dans ce lieu sacré, écouter les croyances aborigènes et choisir délibérément d’aller à l’encontre de ce qu’ils demandent et de piétiner Uluru ?

Un peu plus loin s’élèvent les Kata Tjuta. Il paraît que les balades dans les gorges sont superbes. Hélas, avec la chaleur toute marche devient compliquée. Le moindre effort demande de boire beaucoup d’eau et devient vite épuisant. On se contentera des simples lookouts.

En fin de matinée, on reprend la route vers Alice Springs où une pluie bienvenue nous accueille. On se paye le luxe d’un motel avec deux éléments de grande importance : air conditionné et douche !

On fait un tour de la ville, mais elle n’a aucun charme. Dans les rues, beaucoup d’aborigènes errent le regard vide, sans rien faire. Ça fait vraiment mal au cœur de les voir comme ça et on comprend petit à petit que le « problème aborigène » comme ils disent ici est bien plus compliqué qu’il n’y paraît…

Impossible de trouver un accès wifi gratuit mais on renoue avec les infos à la télé et on apprend l’imminence d’un cyclone sur la côte Est… On espère que ça ne nous empêchera pas de continuer notre route vers le nord.

Au petit matin, on a tellement bien dormi qu’on ne veut plus repartir. On cède à un petit coup de folie et on décide de rester une nuit de plus. Après avoir négocié et joué du charme à la réception, j’obtiens notre seconde nuit à moitié prix ! Je me rends compte que le confort tout simple commence à me manquer : une douche fermée, une relative intimité, de l’espace, un lit rien que pour moi. La vie en van reste la clef de la liberté, mais parfois je ressens les limites et la fatigue du quotidien sur la route…

Entre Alice et Katherine, je suis assez surprise. Je pensais voir les mêmes paysages désertiques que jusqu’à présent, mais non, la végétation est abondante. Beaucoup de verdures, et de paysages magnifiques. Alors certes, il n’y a rien à voir. Mais question philosophique, le rien peut-il être magnifique ? Parce que c’est le cas. On roule sur des étendues où il n’y a rien, mais je trouve ça superbe. Les nuances de rouge ont laissé place à différents tons de verts et le ciel est toujours aussi bleu, toujours aussi grand et toujours aussi beau !

On s’arrête à nouveau régulièrement dans des roadhouses pour faire le plein et chacune à son originalité. Wycliffe Well et ses ovnis, le pub du Daly Waters et ses murs tapissés de tout et de rien…

On fait une pause pour se balader parmi les Devil’s Marble, ses énormes rochers ronds posés l’air de rien, comme si des géants avaient laissé leur jeu de billes en plan. On se prend un orage sur la tête pendant notre petite balade, et le temps de rejoindre le van, nous voilà trempées jusqu’aux os.

Katherine. On ne reste pas longtemps. Les aborigènes errent dans les rues en criant, imbibés d’alcool et le regard vide. Pour la première fois, on ne sent pas tout à fait en sécurité et on ne s’éternise pas. On fait un crochet à Katherine Gorge puis en revenant on se renseigne sur la météo.

On apprend que des orages vont éclater dans deux jours et durer toute une semaine. Entre ça et le cyclone Yasi, on passe pour l’instant entre les mailles du filet mais pour combien de temps ?

On a lu sur quelques carnets de voyage que des voyageurs sont régulièrement bloqués sur le tronçon Katherine – Broome où les routes sont facilement inondables.

On entame alors une course contre la montre pour arriver à Broome avant les orages. On ne veut pas rester bloquées au milieu de rien avec un cyclone qui menace…

Je rassure les inquiets (et je spoile), on y a échappé (au cyclone, pas aux orages) !

En revanche, je pensais que le plus dur du voyage serait la traversée Sud-Nord, qu’une fois passé le « désert », je pourrais tout supporter. Je me trompais. Le pire était à venir…

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