10 décembre 2010

Australie, Voyages & escapades

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De Mount Gambier à Robinvale, à la recherche du boulot perdu

Mount Gambier. South Australia.

Profiter de la liberté que nous procure le van est un plaisir dont je ne me lasse pas, mais il faut bien se poser pour régler toutes les démarches administratives qui y sont liées.

Changements de noms sur les papiers, souscription d’une assurance, choix d’une assistance technique si on vient à tomber en panne au milieu de nulle part…

Toutes ces dépenses pourtant indispensables délestent mon compte en banque d’un joli pactole et ce dernier commence à faire la grimace. Finie – pour un temps – la vie de bohème, il est l’heure de chercher du travail pour renflouer les caisses.

J’ai un coup de cœur pour Mount Gambier. Quelque chose d’indéfinissable, mais c’est la première fois depuis que j’ai acheté le van que je me sens bien dans une ville. Une simplicité dans les rues. Pas de buildings qui bouchent le ciel. Des parcs où se poser. Sans compter le soleil qui est de retour et les bonnes températures avec. Les gens que je croise sont adorables. Tous sont souriants et agréables, ils viennent discuter de tout et de rien avec le plus grand naturel. Que ça fait du bien !

Malheureusement, notre objectif n’est pas de profiter de la ville mais chercher du travail. On consacre notre temps à faire des recherches, répondre à des annonces et établir des contacts.

On finit par restreindre nos recherches sur la région de Mildura, grande zone agricole un peu plus au nord où il semble y avoir du boulot.

*~*~*

Sur la route vers Mildura, le changement de région se fait ressentir rapidement. On abandonne le littoral pour l’outback. Il y a toujours autant d’eucalyptus mais la terre se fait de plus en plus aride à présent. Uniquement de l’herbe jaunie, brûlée par le soleil à perte de vue. Ça m’évoque des paysages d’Afrique que je ne connais pourtant pas… Ça pourrait être magnifique, mais c’est surtout étouffant. La hausse des températures est un vrai choc après le climat tempéré voire pluvieux de la Great Ocean Road. On est confrontées pour la première fois au manque d’eau fraiche et la conservation de nos produits frais. Changement complet de décor.

5 décembre, arrivée à Mildura

Une oasis posée en plein outback sur les bords de la rivière Murray.

Galère pour trouver un endroit où dormir tranquille la nuit. Toutes les rues ses ressemblent et j’arrête pas de m’y perdre en van. Je n’y trouve aucun charme. Peut-être parce qu’on y est uniquement pour chercher du travail… Bref, mauvais feeling avec cette ville.

L’agence d’intérim nous rembarre en 10 secondes, montre en main. Ici aussi on nous dit que les récoltes ont du retard et qu’elles ne commenceront qu’en janvier.

On prend quand même des contacts et on rencontre nos premiers paysans. Désillusion, ils veulent avant tout nous louer des chambres avant de nous parler du boulot. Ils rechignent à répondre à nos questions, esquivent nos demandes concernant le travail… Ça paraît louche, on laisse tomber l’affaire.

On poursuit notre route vers Robinvale où on a un contact sérieux pour travailler dans un vignoble.

7 décembre, Robinvale.

On arrive au moment où une tempête est annoncée.

Ici c’est la pluie qui dicte les journées de travail. Si pluie, pas de boulot. Manque de chance, impossible pour nous de commencer le nôtre par ce temps.

On trouve un caravan park qu’on est obligées de payer à la semaine et on patiente en priant le ciel que cette foutue tempête trace sa route.

*~*~*

Robinvale.

Bienvenue dans le trou du cul du monde !

Robinvale, entourée de champs et de vignobles.

Robinvale, avec son unique rue commerçante. A 80km de toute autre ville. Et accessoirement de tout accès Internet.

Robinvale et ses nuées de sauterelles, de mouches et de moustiques.

Robinvale, où la pluie torrentielle fait la loi, nous obligeant à rester sans activité.

Au caravan park, regroupement de français. Je me demande comment c’est possible dans un bled aussi paumé au milieu de nulle part.

Les vans sont collés les uns aux autres. On perd notre précieuse indépendance. Je retrouve l’hypocrisie, les regards critiques et le jugement constant que je désirais tant fuir en venant à l’autre bout du monde.

J’ai l’impression d’avoir perdu en une soirée toute la sérénité et toute la paix intérieure que j’avais réussi à trouver en un mois ici.

Première fois depuis mon arrivée en Australie que je ne me sens pas bien. C’est aussi la première fois qu’on a la contrainte de rester aussi longtemps au même endroit et j’ai visiblement perdu l’habitude.

Je ressens l’irrésistible besoin de m’activer. De suer à un travail physique, même ingrat. Besoin de bouger. De rompre l’inactivité qui me mine jour après jour le moral. Besoin de penser à autre chose pour me motiver et garder mon cap.

Jusqu’à maintenant la perception du temps a été un mystère pour moi. J’ai souvent l’impression d’avoir posé le pied en Australie hier, en même temps d’y être depuis toujours, et d’y avoir vécu mille vies. Mais ici, le temps est un fardeau. Lent et pesant. Jamais les journées ne m’ont paru aussi longues.

Jour après jour, Robinvale devient Robin-jail.

Constamment surveillés par les autres français. Proximité forcée. Strictement rien à faire dans ce bled. Se faire bouffer par des moustiques mutants. Rester enfermées dans le van. Et la pluie encore et toujours. Le tonnerre n’en finit pas de gronder. On apprend que la tempête n’est pas loin, que les inondations se multiplient dans la région, ravageant les récoltes. Pluie, pluie, pluie. Et pas de travail. Un moral qui fond à vue d’œil. Une déprime qui pointe le bout de son nez.

Quand je ne suis pas réfugiée dans le van, je passe mon temps à papoter avec les locaux, les résidents du caravan park, ceux qui y vivent depuis des années, ou avec les saisonniers ceux qui reviennent chaque année pour travailler aux champs. Au moins, je parle anglais, maigre consolation. Je fuis la présence des français, toujours entre eux, qui me donnent la désagréable impression de recréer un bout de France dans ce trou paumé.

Jeudi, la pluie cesse enfin. On peut enfin se rendre au travail. Du leaf plucking. Difficilement traduisible en français, notre boulot consiste à arracher les feuilles de vignes autour de la grappe. On est plus motivées que jamais, on s’attaque à notre rangée de vigne en se retroussant les manches. Le soleil est au rendez-vous. Le moral remonte. Le boulot n’a pas l’air si fatiguant. On tire des plans sur la comète.

Au bout de 10 heures de bras levés sous la vigne, la journée prend fin. Avant de partir, on cherche le contractor, le gars qui nous a embauchées, pour avoir une idée plus précise de la paye. Histoire de savoir si on vise Mars ou Saturne dans nos plans de conquête du reste du monde.

Alors qu’il nous avait annoncé environ 100 dollars la journée, voilà que le prix est passé à 25 centimes le pied de vigne. On a peur d’avoir mal compris mais après calcul, c’est bien ça : en 10h, on a effeuillé 2 rangées de vignes, environ 160 pieds, ce qui nous fait la royale somme de… 40 dollars la journée. A deux bien sûr…

Il y a comme un parfum d’exploitation qui flotte dans l’air et on préfère ne même pas y retourner le lendemain.

Il va falloir mettre en pause nos envies de conquête du monde et réfléchir à la suite. Rester à Robinvale et persister à trouver du travail ici, ou bouger et chercher un peu plus loin ?

Les paris sont ouverts !

On commence à avoir l’habitude de vivre au jour le jour sans savoir de quoi sera faite la semaine suivante…

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