14 décembre 2010

Australie, Voyages & escapades

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Dans la gadoue de Swan Hill

Le grand problème de Robinvale, c’est son isolement. Pas d’accès Internet et une très mauvaise couverture réseau (éviter Vodafone quand on prévoit de sortir des grandes villes). Pour continuer nos recherches de boulot, on rebrousse donc les 80 km qui nous séparent de Mildura pour y passer la journée. On épluche les annonces, on passe des coups de fil, on se renseigne. Le tout dans le vent. Aucune réponse positive.

La journée est sauvée par une rencontre inattendue. Franchement, quelle probabilité de croiser une Toothbrush Nomad à la bibliothèque de Mildura ? Rencontre virtuelle qui devient réelle. Rencontre avec celle qui a largement contribué à mon envie de fouler ces terres du bout du monde, celle qui m’a fait rêver avec ses photos et ses billets pendant de longs mois pendant la préparation de mon trip. Discussion de baroudeurs, échange d’anecdotes et d’astuces, et chacun reprend son chemin.

En rentrant au caravan park, première arrestation par la police locale. Mise en scène impressionnante avec gyrophare sur leur pickup, pour finalement un simple contrôle de papiers.

Samedi, on nous propose pour la semaine suivante du leaf plucking pour 60 centimes le pied. On hésite, on ne sait vraiment pas quoi faire. On a toutes les deux envie de quitter cet endroit qui nous sort des yeux et nous mine le moral. On espère trouver d’autres pistes plus loin dans la vallée.

*~*~*

On poursuit finalement notre chemin direction Swan Hill.

Sur la route, on croise deux français, plutôt sympas (j’ai compris la leçon : généraliser, c’est mal) qui nous assurent qu’il y a bien du boulot et nous filent leur bon plan.

Direction Nyah, où apparemment on y trouve du travail en un claquement de doigts.

Au caravan park, on nous dit qu’il y a peut être du travail. L’incertitude nous gonfle un peu et on ne veut pas payer une nuit dans le vide. On préfère s’aventurer un peu plus loin sur une dirt road à la recherche d’un coin tranquille pour y dormir avant de revenir le lendemain et être fixées pour le boulot.

Et là, c’est le drame.

En essayant de faire passer Dobby entre deux flaques, le van glisse, se tanque dans la boue et impossible de l’en faire sortir.

Comme ce n’est pas la première fois qu’on s’embourbe (petite cachottière que je suis), je ne panique pas. Je m’évertue à faire des essais pour nous sortir de là, je joue des pédales, mais rien n’y fait, cette fois on est bel et bien bloquées.

En sortant évaluer la situation, je m’enfonce directement dans la boue jusqu’à la cheville. Les pluies des jours précédents ont transformé le sol argileux en gadoue.

On fait l’inventaire de ce qu’on a sous la main et on se retrouve à creuser armées d’une pelle en plastique (celle qui va avec la balayette) et d’une grosse louche.

A genoux, on essaie misérablement de dégager la boue autour des roues. On se fout de la boue jusqu’aux coudes, on s’en fout un peu plus de partout en essayant de chasser les mouches collantes qui se posent sur les paupières, dans les narines et sur les lèvres. Je refais des essais, redescends, fais le tour pour voir que rien à bouger, je me ré-enfonce jusqu’au mollet de l’autre jambe dans la boue.

On rend finalement les armes, il ne bougera pas.

On chausse nos sac à dos, et on va faire le tour des maisons qui, forcément, sont espacées de quelques kilomètres chacune.

Je pense à Antoine de Maximy en allant toquer à ma première maison.

Au final, on ne tombe que sur des desperate housewives sans 4×4 sous la main ou dont le mari n’est pas là, et qui nous disent d’aller voir plus loin…L’une d’entre elles nous conseillent d’appeler la police pour nous aider.

Éclair de génie, on se décide d’utiliser notre fameuse assistance dépannage. Sauf que… pas de réseau. Forcément… (Toujours Vodafone…)

On n’hésite à appeler les secours…

Puis on croise un couple en promenade dominicale. Le gars nous propose de revenir dans une demie-heure avec une chaine. Marché conclu.

A choisir entre les nuées de mouches collantes et la chaleur étouffante du van, on choisit le van. Au bout d’une demie-heure, toujours pas de trace du gars. On se dit qu’on est un peu folles de faire reposer notre seul espoir sur un bonhomme sorti de nulle part.

Mais la route principale reste désespérément déserte. Pas une voiture ne passe.

Le pire de l’histoire, c’est peut-être qu’aucune de nous deux n’arrive à s’affoler de la situation. Aucune ne panique. On passe le temps en faisant ce qu’on adore faire : philosopher sur la vie et notre condition au bout du monde…

Au bout d’une bonne heure, le gars est de retour avec son pick-up. En deux temps trois mouvements, il me tracte et sort le van de son bourbier. Un signe de la main et il repart.

On a un peu du mal à se remettre de la simplicité et de la gentillesse d’inconnus qui nous sauvent pourtant bien la mise…

Couvertes de boue, finalement ce soir on s’offre le luxe d’un caravan park avec une bonne douche !

Au caravan park de Nyah, on nous promet du travail pour le lendemain. Optimiste, je me dis que la roue tourne enfin. MT, la pessimiste du tandem, me sermonne et me dit de ne pas m’enflammer.

Ici aussi, on nous demande de payer à la semaine. Échaudées par la semaine à Robinvale, on refuse et on ne paye qu’une seule nuit pour l’instant. Verdict le lendemain aux aurores : finalement pas de boulot pour nous, et rien de sûr pour la suite. MT m’assène un « j’te l’avais dit » qui me coupe toute motivation.

Lundi, on passe la journée à faire le tour des fermes et à appeler tous les numéros qu’on a réunis. Finalement, pas si évident de trouver du travail sans passer par le fameux caravan park. On finit la journée le moral dans les chaussettes.

A Swan Hill, on prend une grande décision : repasser du mode ‘chercheuses de job’ à celui de ‘baroudeuses’. On se rend compte que la galère et l’obsession de devoir trouver un boulot prend petit à petit le pas sur le plaisir de voyager. Les frustrations, les déceptions et les désillusions s’accumulent et on ne profite même plus de la chance d’être à l’autre bout du monde.

Stop les prises de tête, on va profiter de la route jusqu’à Sydney, et on cherchera du travail au mois de janvier, quand les récoltes commenceront.

*~*~*

Avant de prendre la route, autre grand drame : notre power inverter nous lâche. Le power inverter, notre précieux, le bidule, juste indispensable à nous autres backpackers, qui recharge tous nos appareils pendant qu’on roule. Sans lui, plus de laptop, ni d’appareil photos, ni de mobile, bref une galère de plus…

On fait le tour des garages en expliquant baragouinant notre problème. De fil en aiguille, on se retrouve chez un électricien qui nous le répare pour un dollar et un sourire.

On profite de nos nouveaux instants de liberté au parc de la ville.

Une famille est réunie autour d’un de leurs traditionnels BBQ du soir. Les guitares sont de sortie. Alors qu’on voulait juste profiter de leur musique, ils nous proposent de nous joindre à eux et de partager leurs hot-dogs. Nos yeux s’illuminent, on mange rarement de la viande, entre le prix élevé et le problème pour la conserver, on accepte volontiers l’offre. Ils nous en donnent même un peu plus pour le lendemain. Mon petit cœur se regonfle. Ça, c’est l’Australie que j’aime !

Le soir, on reprend la route et on a l’impression d’être libérées… Pas une pour raisonner l’autre, mais on est heureuses tout simplement. On laisse exploser notre joie sur la route déserte face à un coucher de soleil magnifique qui change de couleur minute après minute.

On roule vers Deniliquin. Au petit matin, petit déjeuner et brossage de dents à la sauvage face aux kangourous qui mâchouillent leurs herbes à quelques pas de nous.

 

Mardi, on passe par la petite ville de Deniliquin. On ne voit pas tout ce qu’on aimerait voir à cause des inondations. Certains chemins sur les berges sont inaccessibles, d’autres n’existent plus.

Sur la route vers Wodonga, on se rend compte de l’ampleur des dégâts. Certains tronçons sont encore coupés et on voit les endroits où la rivière est sortie de son lit. Le plus impressionnant reste quand on traverse certains ponts et que l’eau est à quelques centimètres à peine de la chaussée. Montée d’angoisses assurées.

A Wodonga, on planifie la suite des aventures. On a bien envie d’aller voir à quoi ressemblent ce qu’ils appellent montagnes ici…

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