4 septembre 2015

Humeurs

8 commentaires

Aujourd’hui, j’ai le coeur qui déborde…

Je vous avoue, je doute.
Je ne sais pas si c’est une bonne idée de lancer sur cette page blanche mes indignations du moment.
Je ne vous y ai pas habitué. J’essaie d’habitude de vous parler de l’aventure qu’on trouve au coin de la rue, de pas perdus dans des quartiers, d’exploration improbable, de curiosité et de voyages…

Je ne voulais pas vous déranger avec ce qui me chagrine en ce moment. Je devrais continuer à publier mon carnet de voyage au Vietnam, essayer de vous donner envie, de vous faire rêver ou de vous faire réagir…

Sauf qu’aujourd’hui, j’ai le cœur qui déborde.
Quand on voyage, on se prend parfois des réalités en pleine face. On prend conscience de ses privilèges, comme celui d’être né dans le bon pays, du bon côté de l’hémisphère.

On perd souvent de vue le luxe que c’est d’avoir un passeport français, de pouvoir traverser les frontières avec autant de facilités que c’en est finalement indécent.

On ne réalise pas toujours ce privilège de pouvoir choisir un pays, de le traverser, de le visiter, sans en être inquiéter…

Je ne sais pas vous, mais quand je voyage, j’aime découvrir de nouveaux horizons, gravir des montagnes, arpenter des chemins, me sentir honteusement libre… puis découvrir un pays c’est aussi (surtout ?) aller à la rencontre de ses habitants, observer leurs façons de vivre, partager des coutumes, réaliser qu’une culture est parfois vraiment différente de la nôtre, apprendre à la comprendre, à la respecter, s’enrichir ce que l’on découvre…

Se rendre compte que malgré nos différences de culture et de religion, on est quand même tous un peu pareils, des êtres humains, de chair et de sang, avec des rêves et des espoirs… Le voyage nous fait grandir, nous fait regarder ce qu’il se passe ailleurs, nous fait relativiser, appréhender la vie sous un angle nouveau…

C’est ça le voyage pour moi : aller vers l’autre pour mieux le connaître (et finalement mieux se connaître ?)

Aujourd’hui mon âme de voyageuse a mal. A quel moment la peur a pris le dessus ? A quel moment des hommes, des femmes et des enfants en fuite sont devenus notre plus grande terreur ?

Se lever le matin et lire que la moitié des français refusent en leurs âmes et consciences d’accueillir des réfugiés – des hommes, des femmes et des enfants – dont le seul tort est de fuir un pays en guerre et de chercher une terre de promesses et d’espoirs, ailleurs.
Avoir la gueule de bois.
Avoir envie de tout déconnecter et d’hiberner pour une durée indéterminée.

Avez-vous la mémoire si courte ?
Ne vous souvenez-vous pas qu’il y a à peine deux générations nos grands-parents ont fui des guerres civiles, des situations difficiles, ont parfois été eux aussi des réfugiés ou des “migrants économiques”…
L’histoire n’est peut-être pas la même, mais il y a des échos, des résonances qui me compriment le cœur.
Portugais, espagnols, pieds-noirs… Je suis le fruit même de ces gens qui ont un jour posé leurs espoirs et leurs rêves en France, à une époque où elle était encore une terre d’accueil…

Avez-vous la mémoire si courte ?
J’aimerais être fière de mon pays, qu’il soit à la hauteur de sa réputation, pays des Droits de l’Homme et Terre de Liberté, mais je ne vois que des décisionnaires qui font des calculs stratégiques, qui pèsent le pour et le contre en pensant à leur carrière politique, des médias qui érigent l’étranger en menace et des gens qui ferment leurs cœurs face à l’inconnu.

Aujourd’hui, j’ai le cœur qui déborde.
Combien de photos d’enfants morts noyés sur des plages nous faudra-t-il pour agir, pour s’indigner ?

L’impuissance qui se répand en moi est douloureuse.
Avant de prendre peur face à une culture différente, une religion que l’on connaît mal, souvenez-vous de ce qu’on recherche tous en voyage : découvrir l’autre, apprendre de lui.
Pourquoi notre réaction première est-elle si différente de ce que l’on ressent en voyage ?
Est-ce si difficile de réaliser que derrière ces “migrants” qui meurent par dizaines, il y a des êtres humains, avec leurs rêves et leurs espoirs ?

Aujourd’hui, j’ai le cœur qui déborde et poser des mots, sans queue ni tête sur papier, ne changera rien, n’apaisera pas la souffrance et l’impuissance… mais que faire, si ce n’est continuer à s’indigner ?

8 réflexions au sujet de « Aujourd’hui, j’ai le coeur qui déborde… »

  1. Je ne laisse jamais de commentaires sur un sujet aussi délicat et douloureux mais juste juste une petite réflexion : applique-t-on à soi-même ce qu’on voudrait ce que les autres fassent ? On est tous là à pointer du doigt ce qui ne va pas et on voudrait tous que les autres réagissent et vous ? Avez-vous fait les démarches nécessaires pour accueillir des « migrants », des réfugiés ? Si oui, vous avez raison d’écrire votre article, sinon nous sommes tous des spectateurs et hélas on attend toujours que les autres réagissent… S’indigner ce n’est pas une solution, c’est juste se donner bonne conscience

    1. Bonjour Sarian,

      Merci de votre commentaire, c’est évidemment des questionnements qui se posent. Des gens se mobilisent, des pétitions se signent, des actions se mettent en place…
      Je suis par contre réservée sur les gens qui dans un élan d’émotion se disent prêts à accueillir des réfugiés chez eux… Il faut savoir que les demandes d’asile peuvent prendre des mois voire des années, il faut être prêts à subvenir à leurs besoins vu qu’ils ne pourront pas travailler, il faut être présents pour les accompagner dans leurs démarches, leur apprendre la langue du pays, pour certains ils auront vécu des atrocités qu’il faut savoir gérer psychologiquement parlant… Je ne suis pas sûre que tout le monde puisse s’improviser travailleur social…
      j’ai conscience que ça part d’une bonne intention cet élan de générosité, mais je pense que se pose la question du rôle de l’Etat et d’autres organisations dans l’accueil de ces personnes… Vaste débat…
      Je ne suis peut être naïve, mais je me dis que si les gens s’indignent et ne restent pas simples spectateurs, peut-être justement que les responsables du pays réagiront…

          1. merci à Sarian pour ce lien vers CALM (Comme A La Maison) qui propose effectivement des solutions pour agir chacun ; j’y ai trouvé une page avec des réponses aux questions que nous nous posons le plus souvent lorsque nous aimerions venir en aide à des réfugiés (sur ce même site) : http://singa.fr/2015/09/05/faq-calm/

  2. Je pense avoir écrit le même article que toi, à peu de choses près, avec mes propres mots. Ça fait du bien de le lire de quelqu’un d’autre, et de se dire qu’on est pas seuls à avoir le cœur qui déborde. Et puis aujourd’hui, quand je vois ce qui se passe en Allemagne, je retrouve un peu le sourire. Il reste un paquet de gens qui ont le cœur ouvert, et en étant actifs, on peut faire plus de bruit que les haineux derrière leurs ordinateurs.

  3. Bonjour Hélène
    Merci pour cet article qui met des mots vrais sur ce qu’on peut ressentir face à ces évènements si dramatiques. Comme toi j’ai « le cœur qui déborde… », à en devenir insoutenable. Tristesse, incompréhension et douleurs débordent. Avec ma tête, j’ai essayé de mettre ce matin sur mon site des mots sur tout ça, mais ma tête aussi déborde… Tout mon corps est envahi par ce débordement de questions, de pensées, de désirs de faire quelque chose… Trouver des mots pour dire son indignation n’est pas facile. Comme toi, je suis passionnée de voyages et je pense que notre liberté de voyager est une richesse. Merci de l’avoir fait. Nous les bloggeurs de voyages n’avons pas la notoriété ni les moyens des artistes qui se sont mobilisés et ont lancé un appel commun mais peut-être pouvons nous quand même agir ensemble. Comment ? Je ne sais pas mais si nous arrivions à nous réunir à quelques-uns, ce serait déjà un premier pas, avec ce que nous savons faire : notre plume, nos photos, nos vidéos… Par exemple, en rédigeant un manifeste des blogueurs de voyage sur LA LIBERTE DE VOYAGE POUR TOUS ? Je lance juste cette idée qui a peut-être besoin de mûrir. Merci à toi, je me sens moins seule dans mon indignation.

  4. J’y ai pensé à écrire quelque chose sur ce sujet si triste, si douloureux. Mais j’étais trop en colère, je n’arrivais pas à organiser mes pensées.
    Quand j’ai vu la photo la première fois sur les réseaux sociaux, j’ai pensé que c’était un faux, mon cerveau ne voulait pas voir la vérité. Quand j’ai réalisé que c’était un vrai, les larmes me sont montées et je suis allée faire un gros câlin à mes filles en bénissant le ciel (auquel je ne crois pas!) de les avoir fait naître ici. Elles, arrière-petites filles d’immigrés espagnols, elles qui ont un grand père pied noir, et un autre italien.
    Nos compatriotes ont donc aussi peu de mémoire… se croient-ils tous petit-fils d’Astérix ? Je suis indignée, je suis en colère, j’ai honte.

    Nb: Merci pour ces lignes que je n’ai pas su écrire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *